.
Retour à copyright partie 1 de No: Nu-Na ?
pas maintenant... lire la suite:
NO: Nu-Na...
SCENE 4
LE VOYAGE
A MAXIME DU CAMP
IV
Nous avons vu des astres
Et des flots; nous avons vu des sables aussi;
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.
La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.
Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contentaient l'attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !
La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir , vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !
Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? - Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin!
Nous avons salué des idoles à trompe;
Des trônes constellés de joyeux lumineux;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux;
Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse.




Tandis qu'elle s'éloignait, se demandant si tout ceci était bien réel, qui est réel.
« Ne comprenez-v elle fit une brève rencontre avec Gérard,à qui elle permit de la photographier nue, descendant les escaliers, à condition qu'il lui explique comment savoir ce qui est réel.
"Ne comprenez-vous pas que ce que nous désignons par le terme de réalité n'est pas là et pas réel tant qu'il n'est devenu réel dans l'art. L'art ne fait jamais de déclaration sur la réalité, il est lui-même la seule réalité qui soit là. Quel est votre nom ? »
- Ema, répondit-elle en repensant à Flaubert.


Dans un flash, aussitôt oublié, elle se vit nue descendant ces escaliers à travers les yeux de Duchamp, et se dit que Gérard avait peut-être raison.


Pour protester contre l'exploitation éhontée faite de son corps superbe, la jeune fille décide de taguer NO comme elle l'a vu dans l'autoportait de Basquiat, le roi du grafiti.

Mais là elle ne trouve qu'un mur où il a tagué une protestation contre le racisme de l'Olympia de Manet où la femme noire est une servante, tandis que la femme blanche a un rôle bien plus valorisant, celui de pute !


Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contentaient l'attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.


A droite un poème intitulé La Géante portant la signature de Baudelaire. Mais si Baudelaire a bien écrit un poème nommé La Géante, il est tout à fait différent de ceci.

Mais voici qu'un monsieur très correct lui demande si elle peut le photographier devant le mur qu'elle vient de taguer (il reste un endroit propre), pour voir ce donne son nouveau chapeau. Il s'appelle René. Comme elle trouve les Belges plus sympas que les hollandais, elle acepte.

René était si content de son chapeau melon qu'il décida d'en mettre dans tous ses tableaux.
Du coup, il demanda à la jeune fille égyptienne si elle ne voulait pas poser pour lui, car, malgré son insistance, sa femme refusait catégoriquement de poser nue pour un tableau qu'il devait faire, et dont René lui montra une photo dont il voulait se servir comme maquette: en effet, sa femme avait gardé son maillot de bain…


La belle égyptienne accepta, mais à condition qu'il ne prenne que son corps à elle, tout en gardant la tête de sa femme, à moins qu'il n'accepte qu'elle ne soit voilée, et ceci pour des raisons religieuses. Cependant cela posait un problème, car son œuvre était essentiellement laïque. Elle accepta de transiger pour un bandana.
SCENE 5
LE VOYAGE
A MAXIME DU CAMP
V
Et puis, et puis encore?
VI
O cerveaux enfantins!
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché;
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égoût;
Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant;
Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté;
L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et folle, maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie:
O mon semblable, ô mon maître, je te maudis!
Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense!
- Tel est du globe entier l'éternel bulletin

Lorsqu'il vit cette esquisse, Hélion, le peintre abstrait qui avait introduit l'art abstrait aux USA avant de revenir lui-même au figuratif, donc l'un des rares cas de rémission du Syndrome de Courbet, s'est exclamé : « Quel bel objet qu'une tête, si complexe, si riche, si près d'un œuf. La tête peinte, l'image très artificielle de la tête naturelle du modèle, offre un champ de valeurs aussi vaste que toutes mes conceptions abstraites. »

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égoût

Finalement, René préféra la tête de sa femme, et elle-même accepta qu'on la voie nue, du moment qu'elle ne serait pas complètement nue… et à condition qu'il enlève son chapeau melon. C'est pour la satisfaire qu'il n'a pas complètement fini le nu.
Plusieurs experts pensent que le titre que Magritte donna finalement à ce tableau, « La Tentative de l'impossible », fait référence à sa tentative de faire poser sa femme nue.


D'autres experts sont interpellés par le fait que l'homme soit en costume alors que la femme est nue: cela pourrait être un hommage à Manet, dont le nom est une contraction de Magritte René, et à son fameux « Déjeuner sur l'herbe ». Ce serait exprès, pour qu'on ne s'en aperçoive pas, que René aurait situé son tableau résolument à l'intérieur. D'autres prétendent qu'il les a mis a l'intérieur pour ne faire que des droites, car in ne voulait pas se fâcher avec Piet Mondrian. Mais d'après le témoignage de la jeune égyptienne, ce n'est pas vrai, car « René n'en avait rien à foutre des hollandais » (sic).

Lorsqu'il écrivait à Manet: « vous n'êtes que le premier dans la décrépitude de votre art », Baudelaire anticipait-il les graffitis du Crown Hotel de Basquiat?
Pour d'autres, si la femme est debout devant le peintre au lieu d'être sur une toile tendue devant lui, s'ils sont dans le même lieu, c'est qu'il la crée en 3D, comme une statue.
D'après Ovide, le sculpteur Pygmalion fit une statue d'ivoire représentant son idéal féminin. Elle était si réussie, qu'il en tomba amoureux. En réponse aux prières de l'artiste, Aphrodite donna vie à la statue.
Magritte aussi rêvait d'être le Pygmalion de son épouse, mais elle montrait sa réticence d'un geste de la main. Magritte n'avait pas peint son bras, mais Aphrodite ne donna pas suite à la « Tentation de l'Imposteur ».
L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et folle, maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie:
O mon semblable, ô mon maître, je te maudis!

D'après la belle égyptienne, Magritte avait à son tour été touché par le syndrome de Courbet, et il ne faut croire que, dans ce tableau, le peintre soit en train de peindre le corps nu de la femme sur le vide de l'intérieur nu, il peint au contraire l'intérieur nu sur le corps nu de la femme pour représenter le vide. Il ne fait donc pas apparaître la femme, il la fait au contraire disparaître. Ainsi Magritte fut-il le seul peintre à peindre le vide lui-même, allant beaucoup plus loin dans la recherche du dépouillement que Mondrian lui-même, car le vide n'a ni forme ni couleur (il n'est ni carré ni rectangulaire, ni noir ni blanc). C'est la raison pour laquelle « La Tentative de l'Impossible » ne se solde pas par un échec, mais par un succès historique.

D'autres toiles de Magritte apportent un appui tangible aux allégations de la belle égyptienne: le syndrome de Courbet entraînait Magritte à faire disparaître ses modèles de la toile, y compris quand il se représente lui-même avec son chapeau melon.

Mais on sait que la jeune égyptienne, dans sa dignité de modèle, n'avait pas accepté que Vincent la raye du paysage. Ce n'était point pour que René le fît à son tour! Elle entra dans une folle rage, lui arracha son pinceau des mains, le dépouilla de son chapeau et le piétina méchamment. C'est ce que rapporte Jean, un peintre abstrait qui l'avait lui aussi prise pour modèle et qu'elle piétina également car il prétendait que sa tête était un oeuf.

La vérité ne supporte pas qu'on la travestisse! Elle s'énerve et devient timbrée




.
.
.